LEADERSHIP AU FÉMININ : GRANDIR ET FAIRE GRANDIR
L’industrie évolue grâce à des femmes qui imposent leur savoir-faire et leur vision. Aujourd’hui, elles ne se contentent plus d’occuper des postes techniques : elles dirigent, innovent et fédèrent.
À la tête de la production du Groupe Pilote, acteur majeur du camping-car en France, Audrey Archambaud incarne cette nouvelle génération de femmes leaders. À 41 ans, elle gère l’organisation et la performance d’une usine où près de 450 personnes œuvrent chaque jour à la fabrication de véhicules de loisirs haut de gamme.

Pour elle, la réussite se mesure autant aux chiffres de production qu’à la solidité de l’équipe. Entre rigueur industrielle et sens du collectif, Audrey a su trouver l’équilibre. Rencontre avec une professionnelle passionnée, qui prouve que leadership et bienveillance ne sont pas incompatibles.
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Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de votre poste actuel ? Audrey Archambaud : Je travaille chez Groupe Pilote depuis huit ans, après douze années dans l’industrie automobile. Aujourd’hui, je suis responsable de production sur l’ensemble du site. Cela englobe les trois lignes d’assemblage, la fabrication des meubles et la réalisation des panneaux qui constituent la structure des camping-cars (toits, murs, planchers…). Mon rôle est à la fois technique et humain : planifier la production, garantir la qualité et les délais, mais aussi manager une dizaine de managers de proximité, eux-mêmes responsables de leurs équipes. Au total, cela représente environ 350 personnes. J’apprécie particulièrement cette diversité de missions et la possibilité de suivre un produit du début à la fin.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler dans l’industrie ? A.A. : C’est un chemin un peu inattendu. Après un bac scientifique, je me destinais plutôt à la pharmacie. Finalement, j’ai intégré une classe préparatoire dans un lycée technique, et c’est là que j’ai découvert la mécanique, la gestion de production et le travail d’équipe. J’ai eu la chance de faire mes premières armes dans l’automobile, un secteur exigeant qui m’a appris la rigueur et l’organisation. Ce qui me motive, c’est le concret : voir un produit prendre forme, comprendre chaque étape, et participer à un résultat tangible. Dans l’industrie, on peut toucher à la fois à la technique, au management et à l’amélioration continue.
Quels défis avez-vous rencontrés dans votre parcours ? A.A. : Le plus grand défi a été de construire une équipe à partir de zéro. Quand je suis arrivée chez Pilote, il fallait mettre en place une nouvelle organisation managériale en introduisant un niveau hiérarchique intermédiaire via la création des postes de superviseurs. J’ai dû recruter, former et fédérer des profils très différents. Ce n’est pas qu’une question de compétences techniques : il faut créer un esprit d’équipe, donner envie de s’engager. Aujourd’hui, je suis fière de dire que même en mon absence, l’équipe fonctionne, gère les imprévus et maintient la cadence. C’est ma plus grande satisfaction.
Comment vivez-vous votre place en tant que femme dans ce secteur ? A.A. : J’ai toujours travaillé dans des environnements masculins et je ne l’ai jamais vécu comme un frein. Au contraire, je pense que mon profil a parfois été un atout. Être une femme dans l’industrie suscite souvent curiosité et respect, ce qui facilite parfois le dialogue. Bien sûr, il faut savoir s’affirmer et montrer qu’on est là pour les mêmes raisons que tout le monde : faire avancer l’entreprise, atteindre les objectifs. Mais je n’ai jamais ressenti le besoin de me « surjouer » pour m’imposer. |
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Quels stéréotypes concernant les femmes persistent encore selon vous ?
A.A. : L’un des clichés les plus tenaces, c’est de penser que les métiers de production sont physiquement trop exigeants pour les femmes, ou trop « techniques » pour qu’elles s’y intéressent. En réalité, beaucoup de postes reposent davantage sur la précision, l’organisation et la gestion que sur la force brute. Il reste aussi une méconnaissance du rôle de responsable de production : certains imaginent encore un métier dur physiquement, alors qu’il s’agit avant tout de management, de coordination et de prise de décision.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
A.A. : Sans hésiter, la diversité. Aucune journée ne se ressemble. On peut passer de la résolution d’un problème technique sur la ligne à la préparation d’un lancement de nouveau modèle, puis à une réunion stratégique. Et surtout, il y a l’humain. J’aime voir les gens progresser, prendre confiance, se révéler. Je pense que mon rôle est aussi de faire grandir mes collaborateurs. Quand un membre de l’équipe franchit un cap ou prend de nouvelles responsabilités, je ressens une vraie fierté.
Votre parcours a-t-il eu un impact sur votre vie personnelle ?
A.A. : Oui, forcément. L’organisation, la gestion des priorités et la réactivité que demande mon métier m’aident aussi dans la vie de tous les jours. C’est parfois intense, mais j’ai appris à trouver un équilibre. Chez Pilote, j’ai la chance d’avoir une direction qui comprend que la performance passe aussi par un bon équilibre vie pro / vie perso. Ça change tout.
Quel conseil donneriez-vous à une femme qui hésite à se lancer dans l’industrie ?
A.A. : Osez. Ne vous mettez pas de barrières. Allez chercher l’expérience sur le terrain, soyez curieuse et montrez ce que vous savez faire. L’industrie a besoin de profils variés, et les femmes y apportent une vision complémentaire. Et surtout, ne restez pas seule : construisez des alliances, entourez-vous, apprenez à travailler en équipe. Parce que, dans l’industrie comme ailleurs, on ne réussit jamais vraiment seule.

