DANS L'INDUSTRIE, ELLE TRACE UNE VOIE SÛRE
Longtemps perçue comme un univers technique réservé aux hommes, l’industrie évolue, portée par des femmes qui s’y imposent par compétence, engagement et esprit d’équipe. À 39 ans, Julie Pernot est responsable sécurité, environnement et infrastructure chez MFC, la Manufacture Française du Cycle. Elle veille chaque jour à ce que les collaborateurs rentrent chez eux dans le même état de santé qu’à leur arrivée. Une mission essentielle, à la croisée des enjeux humains, réglementaires et techniques.

Passionnée par son métier, convaincue que l’industrie est un environnement riche en opportunités pour tous, elle incarne une génération de femmes qui donnent du sens à leur parcours et contribuent à faire bouger les lignes.
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Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler de votre poste actuel chez MFC ? Julie Pernot : Je suis Julie Pernot, j’ai 39 ans et je suis responsable sécurité, environnement et infrastructure à la Manufacture Française du Cycle. Mon poste est très transversal. Sur la partie sécurité, ma mission principale est de faire en sorte que chacun rentre chez soi en bonne santé, sans accident ni maladie professionnelle. Je travaille aussi sur la gestion des risques, l’analyse des accidents, la mise en place d’actions correctives et préventives. Côté environnement, je veille au respect des réglementations : consommation d’eau, d’énergie, gestion des déchets, pollution… Enfin, je gère aussi l’infrastructure du site, notamment sur les sujets liés aux bâtiments et à la sécurité incendie.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler dans l’industrie ? J.P. : Pour moi, c’était une évidence. J’ai toujours eu besoin de mouvement, de concret, de terrain. Mon parcours a commencé par une licence en physique-chimie, puis un master en gestion des risques, santé, sécurité et environnement. J’ai été attirée par l’aspect humain du métier, et aussi par le fait de produire quelque chose de tangible. Dans l’industrie, il y a toujours un résultat à la fin de la chaîne : un objet, un produit. C’est valorisant.
Et pourquoi y rester ? J.P. : Ce qui me plaît dans l’industrie, c’est le côté humain, presque familial. On se croise, on échange, on construit ensemble. Mon métier me permet d’être en lien avec tout le monde, du terrain à la direction. J’ai aussi travaillé sur de grands sites comme Airbus, et même là, malgré la taille, j’ai retrouvé cette même dynamique. Il y a une vraie énergie collective dans ce secteur.
De quoi êtes-vous la plus fière dans votre parcours ? J.P. : Ce dont je suis la plus fière chez MFC, c’est d’avoir initié et coordonné la Semaine de la Sécurité, un événement que nous reconduisons chaque année depuis 2023. C’est un vrai projet d’équipe : en trois jours, nous faisons passer 600 collaborateurs sur des ateliers de sensibilisation autour de la sécurité. C’est une action concrète pour faire émerger une culture de prévention positive, participative, loin de la contrainte ou de la sanction. J’y mets beaucoup de moi-même, et les retours sont très positifs. |
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Quel est votre impact au sein de l’entreprise selon vous ?
J.P. : Quand je suis arrivée en 2022, la culture sécurité était encore peu développée. Aujourd’hui, les collaborateurs identifient notre service comme un repère. Ils viennent nous voir spontanément quand ils ont un doute, un problème, une idée. On anime aussi chaque mois des « causeries sécurité » avec les managers, pour faire vivre les sujets dans les équipes. Je pense qu’on a vraiment réussi à faire avancer les mentalités.
Quelles idées reçues persistent selon vous dans l’industrie, vis-à-vis des femmes ?
J.P. : Il reste encore des stéréotypes, surtout sur les postes dits « physiques » ou à responsabilité en production. Dans certains environnements, on attribue spontanément un poste physique à un homme, ou un poste minutieux à une femme. Ce sont des réflexes encore très ancrés. Et plus on monte dans les niveaux hiérarchiques, moins il y a de femmes. Il m’est arrivé, depuis que je gère aussi l’infrastructure, d’avoir l’impression qu’on me parlait comme à une incompétente, uniquement parce que je suis une femme dans un domaine encore très masculin. Mais je n’ai aucun problème à remettre les choses à leur place.
Vous sentez-vous bien dans votre rôle de femme dans l’industrie ?
J.P. : Absolument. Je n’ai jamais ressenti de frein réel. Et je pense que, justement, être une femme peut être une force. On se distingue, on est écoutées, on peut surprendre aussi — dans le bon sens. À partir du moment où on est compétente et qu’on sait ce qu’on veut, les choses se font. Chez MFC, on est trois femmes dans une équipe de neuf sous la responsabilité du directeur des opérations industrielles. Ce n’est pas la parité parfaite, mais on est là et on est à notre place.
Un conseil pour les femmes qui hésitent à se lancer dans l’industrie ?
J.P. : Ne vous mettez pas de barrières. Écoutez-vous, ayez confiance en vos envies. L’industrie offre énormément d’opportunités, pour tous les profils. Ce n’est pas un univers figé ou fermé. Quand on sait ce qu’on veut, il faut y aller. Il y a de la place pour toutes et tous.
Si vous deviez résumer votre parcours en une phrase ?
J.P. : Mon parcours, c’est avant tout une affaire d’opportunités saisies et de confiance en soi. Il ne faut pas avoir peur de bouger, de changer, de dire non quand il le faut, et surtout d’aller là où on se sent à sa place.

